Corps, toiles, plis et matières

A mi-chemin entre sculptures, moulées et empreintes de la forme et de l’odeur persistante de corps évanescents, et l’acception usuelle de ce que l’on appelle des toiles, les oeuvres de la Silvia Hatzl rappellent le monde de la scène dont elle est issue.

Ces toiles, ces robes, reliefs ou chrysalides, nous parleraient directement des corps qui les ont habités, de corps qui y auraient déposé la trace, la perspiration de leurs plus intimes secrets.

La matière est le plus souvent fragile et délicate, toujours naturelle : lin, coton soie, papier, choisis et caressés puis froissés, malaxés, pétris, chargés de matière d’une façon à la fois à la fois directement physique et métaphorique d’un vécu et d’une histoire : cendre, pigments, terre s’y déposent, s’y inscrivent en conférant au matériau la densité, la consistance, la complexité d’un épiderme : l’enveloppe fragile se fait vêtement, le vêtement devient la peau, une peau appréhendée au fond comme interface consubstantielle et cristallisée de notre essence la plus profonde.

Au-delà de l’enveloppe, des substrats de notre corps ou des différents stades de notre psyché, qu’y a-t-il, sinon le vide, le néant ? Ou l’absolu, l’infini selon les approches ? Tout se passe comme si autour d’un irréductible noyau générique, de vide ou d’infini donc, strate après strate, notre moi, notre personnalité se constituait suivant un long processus de sédimentation : une personnalisation où génétique, sensations, expériences, pensées, émotions, nous forment dans l’impermanence et le devenir.

C’est également à la contemplation de ces parcours, à la fois singuliers et universels, que Silvia Hatzl nous convie, c’est aussi, parmi d’autres, cette histoire, ces histoires qu’elle nous raconte avec émotion et légèreté.

Emmanuel Lambion

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Des vêtements sans plus personne, raidis par le temps, bizarrement blanchis, étrangement gris, comme d’improbables suaires. Ces robes, ces chemises de nuit ou de suie, n’appartiennent plus à quiconque. En cela peut-être, elles sont les nôtres, leur anonymat nous est personnel. Parfois en grappe - nous étions plusieurs, ou côte à côte comme des jumelles de passage en lévitation, petits Christs de soie, passés sous le rouleau compresseur de l’histoire. Ou de notre regard, qui fixe en deux dimensions ce qui fut boursouflure, inélégance de l’épaisse matière. Certes ces robes sont souvent d’une paradoxale transparence, il suffit de les placer en contre-jour pour voir apparaître le réseau des nervures, des cratères, des surfaces fines et toujours rugueuses. Mais de quels organes ces marques dessinent-elles la trace ?

Chez Silvia Hatzl, tout est épinglé, mais tout vibre en profondeur. Et pourquoi cet objet-là comme support d’expression principal, pourquoi la robe, la chemise ? Pour nous parler de quel hypothétique contenu, de quel corps disparu ? Pour nous faire entrevoir quelle personne, quelle présence concrète qui aurait porté ces vêtements-là ? Et quel visage aurait coiffé ces bustes aplatis ? Quels yeux nousaurait adressés cet ectoplasme ?

A toutes ces questions, une seule réponse : nous. C’est nous qui sommes là, qui étions là, notre être essentiel, celui qui nous parle de vie et de mort en des termes simples et courageux, celui qui assume la part obscure, immémoriale/énigmatique, sans doute maudite si Dieu représentait encore quelque chose pour nous. Mais Dieu est trop vieux.

Malgré ses revendications d’humanisme, nous vivons une époque humainement faible, obsédée par le profit et désirant aussitôt s’oublier dans le divertissement, les plaisirs de surface. Il est hautement salubre que l’on dise, que l’on montre qu’en fait de surface, cela accroche, cela ricoche, que le miroir de l’art nous renvoie une image dure. Mais cette œuvre est-elle « dure » ? N’y a-t-il pas là source à sourire, humour et charme, et une certaine volupté dans les arêtes ?

N’est-ce pas le plus fort du travail de Silvia Hatzl, que nous soyons amenés - sans qu’on ne nous en impose en rien - à percevoir des dimensions multiples et une complexité de pensée rassemblées en des signes simples. Derrière les signes, il y a l’artiste, l’architecte du tissu, la paléontologue de la vêture, la visionnaire de dessous la peau : une plasticienne exemplaire d’aujourd’hui.

De sang de suie de cendres, l’œuvre de Silvia Hatzl, par Patrick Bonté à la galerie Faider le 28 avril 2005

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Anmerkungen zu den Arbeiten von Silvia Hatzl 

Alles was um uns ist, ist aller Wahrscheinlichkeit scheinbar. Alles ist scheinbar - nichts entgültig. Alles ist vergänglich. Alles ist Verlust. Das Sein ein Rätsel.

Wir sind, wir werden nicht sein, wir waren nicht.
Vielleicht alles nur gegenwärtig. Vergangenheit ist Phantasie, wie auch die Zukunft
- alles nur Gegenwart.
Aber nichts ohne den Zweifel, selbst der Zweifel ist anzuzweifeln.

Die Wahrheit, die Realität ist vielleicht vielfältig - einfältig ist sie nicht - und sie ist uns verborgen, so wie uns auch ein möglicher Gott verborgen ist.
Also müssen wir etwas tun, dem Ganzen einen Sinn geben, vielleicht etwas machen, was es so, und ohne uns nicht gibt.

Silvia macht etwas, Dinge, als ob sie schon gewesen wären, als hätten sie eine Geschichte, zumindest eine imaginäre, eine die aber nur im Kopf von Silvia existiert - oder entsteht, die Ihre Phantasie umsetzt in das Körperliche.

Ihre Arbeiten tragen Spuren einer Geschichte die nie gewesen ist.
Ein Hemd, ein Kissen, ein Tuch, einen Kasten gefüllt mit Textilien - alles scheinbar abgenutzt, benutzt, getragen - abgetragen - durch die Katastrophe Weltgeschichte, aber eben nur scheinbar, visuell nur in unseren scheinbaren Wirklichkeit.

Aber was heißt in Wirklichkeit? Im Grunde eine Verborgenheit - im Verborgenen eine Geschichte, eine künstlich scheinbare Geschichte, eine künstliche Abgetragenheit
- eine künstliche Benutzung, eigentlich neu und nur in einer Stofflichkeit gestaltet, verändert durch den Gedanken von Silvia. Was Sie dabei denkt, weiß ich nicht, ist mir genauso verborgen wie die Welt.

Aber ich sehe das Ergebnis Ihrer Gedanken, Zeichen Ihrer Phantasie. Erinnerungen an die Vergeblichkeit  - an die Vergänglichkeit. Dem Sinnlosen Sinn gebend – so weit man dies so sagen kann.

Silvias Arbeiten zeigen auf, täuschen vor, haben eine anscheinend scheinbare Geschichte. Sie sind wie sie sind, ein Resultat aus einer möglichen Weltvorstellung eines Individuums. Sie sind mir gegenwärtig, geschichtslos und ohne Zukunft.
Artefakte – entgegengerichtet dem, was wir nicht wissen und voller Rätsel, sowie alles voller Rätsel ist.
Ich will sie auch nicht enträtseln – wäre auch eine Unmöglichkeit.

Ich nehme sie wie sie sind! Sie sind eigenartig. Ihre Eigenart haben eine Ausstrahlung, strahlen das Rätsel selbst aus - und das genügt
Sie haben eine Schönheit die ich gerne um mich habe.
Sie trösten vor der Einsamkeit, aber erinnern auch, daß nichts von Bestand sein wird.
Es gibt sie und das genügt – und ich möchte sie haben - 

C.A.Wasserburger
Landsberg/Lech, den 21. Sep. 01

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